Il y aura deux parties pour cet article... Même si je ne sais pas trop par où commencer. Mais aujourd'hui je peux en parler sans être retourné !!!
L'annonce m'a été faite lors de mon anniversaire 2008. Les douleurs qu'il ressentait était dû à un cancer. Et nous voilà partis dans les visites des hopitaux qu'il va fréquenter. On commence à Annecy pour aller au plus vite. Ensuite transfert sur Lyon pour quelques semaines puis retour à Annecy. Je gère la paperasse et aide la Tulipe pour Cannelle. Puis il y a aussi les conversations téléphoniques avec la famille qu'il faut tenir informer au mieux. Le corps medical préfère le transférer dans un centre de soin. A savoir qu'il a pour reputation d'être un centre de fin de vie. Il faut quelqu'un en permanence à ses cotés les weekend où il pourra rentrer. Commence alors un débat autour des personnes qui pourront mais son choix est clair. Il n'en veut qu'un et à ma grande surprise, le nom qu'il prononce n'est pas celui de la Tulipe mais le miens. Je suis flatté mais surtout étonné qu'il ne veuille pas celui qu'il considère comme son fils et avec qui il a cohabité tant d'année. J'emmenage donc debut octobre.
Et là je reçois des commentaires de toutes parts mais un seul ne retiendra mon attention. Celui de celle qui a perdu son ami à cause du même cancer. Elle connait les effets de la chimio et ne se prive pas pour me donner quelques details. Elle me conseille de bien reflechir car cette experience va laisser des traces. Je ne le saurais que trop tard. La semaine je suis partagé entre le boulot, la chienne et les organismes auquels il faut apporter des copies de tels documents, des justificatifs mais comme je ne suis pas de la famille et ni tuteur, difficile d'expliquer la situation. L'administration ne vous aide vraiment pas. Le weekend, je lui tiens compagnie et m'occupe de son linge, de faire à manger (qu'il n'aura jamais pu avaler puisqu'il ne peut avaler que des yoghourts), le menage et accueillir sa famille. Pendant ces weekend, nous visitons les pompes funaibres pour organiser au mieux son depart. Et je vais subir de pleins fouets son mauvais caractère et ses reflexions qui me piquent mais qui m'aident tellement à supporter la situation. Car il faut savoir qu'un René qui ne rale pas c'est un René qui ne va pas bien moralement. Donc l'écouter me rassure sur son humeur. Puis chaque fin de weekend, c'est la même chose, l'ambulance vient le chercher et je le regarde partir avec la même question : vais je le revoir ??? Ces départs sont horribles et me plongent dans un état de detresse que je n'arrive pas à maîtriser. Je sombre chaque dimanche soir et je ne vois qu'une solution pour m'aider. Je debouche une bouteille de Sauterne et me sert verre sur verre. Cette opération se renouvelle certains soirs de semaine jusqu'à ce que je réalise que je sombre tout doucement vers un serieux probleme d'alcoolisme.
Mon téléphone constament dans ma poche, je me donne à fond dans mon travail pour decompresser. Mais certains jours sont difficiles et je choisis de prevenir certaines personnes qui ne comprennent pas mon état. Leur dire me fera du bien et je prévois le jour où il partira en demandant quelques jours à mon patron qui se montre comprehensif. Je peux prendre le nombre de jours que je jugerai necessaires. Nous sommes en janvier et les fêtes sont passées. La première semaine de boulot commence bien et le vendredi j'oubli de prendre mon téléphone sur moi. Etonnament je ne vais le consulter qu'une fois rentré et en sortant la chienne. Plusieurs appels et plusieurs messages. Je consulte la messagerie vocale et j'entends la voix de la Tulipe. Le ton n'est pas le même, les mots ne forment pas des phrases mais j'arrive à comprendre que René est parti ce matin pendant son sommeil. Je suis perdu. J'appel Cannelle et la sers contre moi. Je la fais rentrer et me jete dans la baignoire. Je vais y rester 45 minutes sans bouger, laissant l'eau couler sur ma peau et me repassant le message dans ma tête. Mon téléphone n'arrête pas de sonner. Je réagis enfin et me rappel que je dois aller chez la Tulipe. Nous ne dirons pas un mot ce soir là. Hors de question que je retourne à l'appartement, je dormirai sur place pendant deux mois.
Contrairement à ce que l'on pourrait penser, le plus dur reste à venir. Trier, ranger, jeter ou garder. La famille qui se partage les souvenirs, les amis qui se partagent quelques affaires et moi qui suis complètement perdu au milieu de ce monde qui garde la tête froide pendant que je n'ai qu'une idée en tête : il ne viendra pas ce weekend !!! et je les regarde détruire tout ce à quoi je croyais pendant trois mois. Les meubles, la déco, le bar, la chambre... rien est epargné et ils vont tout enlever. J'ai envie d'hurler pour que rien ne bouge. Pour que l'on garde chaque objet à sa place. Pour qu'il revienne prendre s'assoir sur son canapé, nous fasse des pizzas, me raconte les peripeties de la Tulipe, me conseille, se confie et surtout, je veux entendre son rire. Il riait avec tellement d'entousiasme, sans retenue. Mais l'heure n'est pas au rire et les larmes coulent le long de ma joue. Il ne reviendra pas ce weekend, il ne reviendra plus jamais !!!